Intervention de M.André HEINTZ, ancien résistant

dimanche 8 décembre 2013 , par Lycée Malherbe

C’est le jeudi 28 novembre 2013 que s’est déroulée la rencontre au lycée Malherbe.

article paru dans Ouest-France, le 29 novembre 2013
 
la conférence de M. Heintz - qui est venu au lycée fin novembre - est en ligne sur leur blog du CRDP à l’adresse suivante : http://70voix.blogspot.fr/2013/12/le-lycee-malherbe-de-caen-rencontre.html

Retranscription intégrale de l’intervention de M. André HEINTZ

Jeudi 28 novembre 2013 – Lycée Malherbe Caen


[M. Heintz commence par présenter un petit livre scolaire] Deauville qui, comme aujourd’hui, avant-guerre recevait beaucoup de visiteurs et avait énormément d’hôtel qui, évidemment, n’était plus occupés.

 

J’ai enseigné dans des hôtels de luxe qui étaient devenus lamentables parce qu’ils avaient été occupés par les troupes anglaises, américaines et, avant, allemandes forcément. C’était en rien luxueux. La seule chose que j’ai de cette époque-là et ça date - non pas du lycée là-bas - mais ici parce que dès que la bataille a commencé par des bombardements et que Caen a été écrasé, je me suis précipité au Bon Sauveur qu’était pas loin d’ici et je suis devenu équipier de la Croix rouge. On m’a mis d’abord sur une ambulance et en revenant vers le Bon Sauveur j’ai traversé un endroit aujourd’hui remplacé par l’école de musique et c’était écrasé. C’était une fabrique de cercueils et tous les cercueils avaient été détruits, c’est ce que je voulais vérifier si bien que personne n’a pu être enterré dans un cercueil. Et voilà qu’en traversant le champ - qui est à peu près à l’endroit de l’école de musique - j’ai aperçu ce petit livre qui m’a beaucoup touché parce que c’était le livre de lecture que j’avais au Petit lycée quand j’avais huit ans. Je l’ai tout de suite ramassé. Pourquoi ça m’était très cher ? C’est parce que la troisième lecture racontait une histoire qui s’était passée à Paris. Quand j’avais eu à étudier cette page mon père avait dit : « Mais c’est chez ton grand-oncle que ça s’était passé ! ». Ce qui c’était passé c’est qu’il vendait des choses de luxes avenue de l’opéra et la deuxième (sic) histoire - celle que j’avais à lire - racontait qu’un chien qui passait par là avait repéré, devant le magasin, un chien qui ne bougeait pas. Il est venu renifler et il était très froid parce que c’était un chien qui était transformé en une espèce de grosse...( ?) c’était comme la même chose que les assiettes. Quand j’ai montré ça à mon gd père - l’histoire du chien venu renifler la statue si froid qu’il est partie - c’était un chien exposé à la porte du magasin ; exposé avenue de l’opéra.


Venons-en maintenant à notre sujet. Je disais tout de suite que dès que les bombes ont commencé à tomber....( ?)


On m’a remis un questionnaire que j’ai admiré car préparé par vous en cinq parties et donc vous devez avoir ces questions à me poser. Vous pouvez commencer

 QUESTION POSÉE PAR LES ÉLÈVES : Quels sont les facteurs qui vous ont poussé à entrer dans la résistance ?
 

Ah oui, je commence par raconter comment je suis rentré. J’avais trois bonnes raisons pour vouloir immédiatement. On avait tellement honte d’être occupés par nos ennemis de longtemps que je me suis promis de lutter contre l’occupant. Ce qui s’est passé c’est que j’avais trois bonnes raisons. La première : mon nom vous avez entendu est HEINTZ qu’on ne sait pas prononcer à Caen ; on a adopté Heinz qu’est plus simple. C’est un nom alsacien et quand la guerre a été terminé et que enfin mon père a appris que j’avais fait partie de la résistance parce qu’il ne fallait surtout pas que la famille le sache, ne serait-ce que par protection pour eux, j’avais préparé mon évasion si jamais on venait me chercher mais dans ce cas-là, évidemment, les Allemands emmenaient les parents. Et donc, une fois que mon père a su après la guerre que j’avais fait partie de façon active à la Résistance, il m’a dit : « Mais tu sais, tu n’es pas le premier de la famille à avoir résisté parce que ton grand père, tes trois grands oncles qui habitaient quand l’Alsace a été occupé en 1817, ils ont résisté de la façon suivante : ils ont abandonnés l’Alsace pour se cacher en France  ». Et c’est ainsi que mon grand-père est devenu habitant en France, abandonnant ses parents et donc mon père disait qu’ils avaient été les premiers à résister.


Évidemment la Résistance que je faisais était bien différente et je crois même qu’on peut vous montrer déjà une photo [photo du poste à galène caché dans une boite d’épinards]. Ça avait toute sorte de forme cette résistance et je vous montre en particulier un poste à galène que vous avez peut-être vu car le Mémorial me l’a confisqué et ils l’ont gardé pour être exposé dans une vitrine, une des premières vitrines qu’on voit dans la salle qui relate l’occupation en Normandie. C’était mon grand-père maternelle qui avait ça parce qu’il était très bricoleur et il avait été parmi les premiers qui écoutait la musique qui était donnée depuis le haut de la tour Eiffel. Je dis la musique parce que la radio venant de la tour Eiffel a commencé uniquement par de la musique et ce n’est que plus tard, peu à peu, que les nouvelles sont venues. Et donc, à l’époque de l’occupation, la BBC a, aussitôt, dès la première semaine après l’arrivée des Allemands. Et mon grand-père m’a donné cet appareil là que j’ai bricolé et que vous voyez donc au Mémorial aujourd’hui. Et ça c’était quelque chose d’extraordinaire parce que nous qui étions coupés de notre meilleur allié les Anglais et bien nous avions l’impression d’être en contact tout le temps avec eux parce que tous les jours ils nous donnaient des nouvelles.


Y a-t-il une question des jeunes là-dessus

 QUESTION POSÉE PAR LES ÉLÈVES : Avez-vous décidé seul ou avec un groupe d’amis d’entrer dans la résistance ?
 

Alors très bonne question parce qu’en effet c’est ce qu’on demande toujours : comment avez-vous trouvé ceux qui faisaient la Résistance ? Et bien effectivement, même aujourd’hui, c’est encore un mystère et les jeunes historiens qui semblent connaître plus de chose que nous qui faisions partie de la Résistance, qui d’ailleurs n’était pas toujours la même, ça variait suivant les gens, suivant les groupes. Pour moi, ça a été facilité par le fait qu’en 1940, à l ’arrivée des Allemands et les années suivantes , il y avait des Polonais qui étaient déjà installés près de Caen depuis longtemps puisque, comme vous savez, des mines avaient attirés tellement de Polonais là où on sort le minerais de la terre qu’ils étaient à peu près un milliers qui travaillaient dans les mines ou dans l’usine qui transformait les pierres en minerais. La plupart de ces Polonais-là étaient catholiques et donc ils avaient entre eux un prêtre. Ils étaient à peu près un millier de Polonais. Les étudiants qui n’étaient pas assez âgés, bien que Polonais, qui n’étaient pas dans l’armée polonaise étaient - s’ils savaient assez de Français - étudiants à l’université. Et il faut que je rajoute, les Alliés c’est à dire les Anglais qui parlaient à la TV (sic) tous les jours voulaient qu’il y ait un agent polonais un peu partout et ils demandèrent à l’aumônier qui était ici ce qu’il pouvait faire. Les Anglais étaient bien ennuyés parce que eux ils avaient perdus tous leurs agents en essayant de se sauver de France. Et donc, les Anglais ont demandé aux Polonais d’organiser des petits groupes s’ils avaient suffisamment de Polonais qui pouvaient les aider. C’est comme ça que la Résistance a commencé, dès la troisième semaine, après l’arrivée des Allemands avec des petits groupes organisés par ce prêtre qui s’occupait bien avant la guerre d’à peu près un millier de Polonais. Et donc, je ne sais pas pourquoi, enfin si, au départ il y avait mes parents qui étaient très généreux et qui invitaient souvent les jeunes polonais qu’étaient à l’université parce qu’ils n’étaient pas assez âgés pour faire partie de la résistance (sic). Dès le dixième jour à peine de l’arrivée des Allemands, ce Polonais est venu à la maison pour savoir ce qu’on était devenu et pendant ce moment tragique, quand les Allemands ont occupé la Normandie, et dans le cours de la conversation devant ma mère ils ont dit : « André, [ça c’est mon prénom], écoutez bien il faut qu’on tue chacun trois Allemands avant que la guerre soit finie si on ne veut pas une deuxième guerre après celle-ci ». Et l’aumônier parti de la maison -il y avait juste ma mère puisque mon père était mobilisé avec l’armée française partie en zone libre -ma mère une fois l’aumônier polonais parti : « je ne veux pas que tu revois ce polonais ce n’est pas un prêtre ». Alors j’ai rien dit mais quelques jours après, heureusement, l’aumônier polonais est revenu à la maison et j’étais tout seul. Alors, là, il a dit : « Écoute, je voudrais bien que tu m’aide parce que je vais tout le temps à l’aéroport de Caen chercher de la nourriture au fermier que je connais qui est tout contre l’aérodrome et je ne peux pas y aller tout le temps il faudrait que tu y ailles à ma place de temps en temps. » Ce que j’ai fait et donc c’est comme ça que je suis entré dans la Résistance. Il m’avait à peine parlé de résistance ce mot là n’était pas connu de tout le monde. Quand j’étais libre, à mon tour, j’allais voir le fermier qu’était tout à côté de l’aéroport allemand et je demandais au fermier de me donner toutes les nouvelles. Le Polonais m’avait dit : « ça ne sera pas difficile car il voit tout ce qui se passe et il comprendra pourquoi vous venez et vous me répéterez toutes les nouvelles que vous apprendrez de sa part ». Ça, ça a marché pendant pas mal de temps jusqu’au jour -mais largement un an après -au lieu de pouvoir rencontrer la sœur de l’aumônier polonais, il est venu un jour à la maison et la sœur en question m’apportant deux photos et vous devinez c’était deux photos d’identité pour son frère qu’avait été repéré : il faut lui faire une fausse carte d’identité. Donc, après un an et demi, j’ai abandonné ce groupe de résistance mais très rapidement il y avait des camarades que je connaissais qu’étaient apparemment très actifs. Alors ce qu’il faut que vous sachiez, c’est ce qui m’amuse, quand je repense à cette époque où la Résistance était ...je devrais vous dire que les professeurs d’Histoire aujourd’hui en savent plus sur la Résistance que je n’en ai jamais su et, par exemple, ils déclarent aujourd’hui, les professeurs d’Histoire, que les premiers Résistants n’ont pas été ceux qui demandaient à faire partie de la Résistance parce que d’ailleurs ça aurait été difficile. Les gens qui en faisaient partie ne le criaient pas sur les toits. Mais, effectivement, à force d’interviewer d’anciens Résistants les professeurs d’histoire spécialisés ont découvert que la Résistance avait été commencée par des gens qui ne demandaient pas à faire partie de la Résistance, c’était tellement dangereux. Il fallait mieux que ceux qui recrutaient les futurs résistants ne savent pas d’où ils venaient et c’est donc parce qu’il s’est trouvé, par hasard, que je connaissais cet aumônier auquel des Anglais avait demandé d’organiser la résistance que je suis entré dans ce groupe là avec lequel je suis resté plus d’un an. Il a fallu donc que je donne une carte d’identité (on va vous en montrer une).[une photo d’une carte d’identité est projetée]. Vous la voyez et voilà comment était une carte d’identité sous l’occupation. Ce carton là était pas plus grand que ça mais enfin très plat et n’avait qu’une page. Il fallait qu’il y ait la photo de celui qu’était nommé sur la carte. Sur la carte il y avait son nom, son prénom, son âge, sa date de naissance et différentes choses et c’était à nous de trouver un nom inconnu pour celui ou celle qui recevait cette carte. Les choses se sont compliquées parce que, bientôt, il a fallu aider des Anglais, des Alliés, qui ne savaient pas le français et auxquels il fallait donner une carte d’identité française. C’était commode pour personne, en particulier celui qui avait la carte. On choisissait évidemment un nom qui pouvait être prononcé par un Anglais. J’ai en effet aidé pas mal d’Anglais en difficulté. Je n’en ai jamais rencontré un qui pouvait passer pour un Français. Ou bien il avait un accent terrible ou il ne comprenait rien à la situation. La carte portait donc un nom, inventé le plus souvent, ressemblant forcément à un nom français. La carte pouvait être achetée, il fallait même l’acheter à celui qui vendait les timbres. Donc n’importe qui pouvait acheter cela mais il fallait trouver évidemment une identité et là où on achetait - c’était un bureau de tabac - la carte d’identité il fallait payer une taxe qu’était redonnée à la France. En dessous il y avait nom, prénom, âge, date de naissance, lieu d’habitation, etc. et puis la difficulté il fallait que ça soit signé. C’était signé par le maire qui revendait tout ça et donc garanti. Pour un Anglais qui ne savait pas un mot de français ce n’était pas si simple que ça. Je me souviens que la première fois que j’ai aidé un Anglais à reprendre le train pour partir pour Paris, et de Paris il devait gagner la Suisse ou un pays au Sud de la France. Il devait apprendre tout ça par cœur mais le plus sûr était de mettre - à l’endroit où il y avait « signes spéciaux » - Il était indiqué qu’il était sourd muet. Ça, c’était épatant, mais ce n’est pas si simple que vous croyez. Par exemple, en ce qui le concernait, un de nous on devenait l’accompagner jusqu’à Paris et à Paris il y avait quelqu’un. L’Anglais savait quel manteau il devait avoir et, de loin, il faisait 20 pas derrière cet homme à la gare St Lazare. Il devait suivre cet agent qui l’emmenait à l’autre gare qui devait l’emmener dans le Midi. Et voilà que le pauvre homme devait être fatigué et il s’est endormi pendant le voyage entre Caen et Paris. Ca n’avait pas d’importance sauf qu’il avait sa tête qu’était tombée sur l’épaule de sa voisine qu’était jeune fille, s’est réveillé et a dit « oh sorry ». Vous savez sans doute assez d’anglais pour deviner que ça veut dire « Excusez-moi ». Et tout d’un coup il se rencontre qu’il y avait un Allemand sur le siège face à lui parce que, à cette époque-là, les Allemands voyageaient aussi bien dans les compartiments français que les autres. Donc les amis regardaient fixement l’Allemand en face et apparemment et, heureusement, il ne savait pas un seul mot de français et l’agent n’avait pas tiqué quand le voisin de la jeune fille qui devait rejoindre l’Angleterre parla. Donc, comme vous voyez, ce n’était pas toujours tout gagné.


Il y a-t-il une question là-dessus ?

 QUESTION POSÉE PAR LES ÉLÈVES : Est-ce que vous en avez-vous même utilisés des faux papiers d’identité ? 
 

Non, heureusement parce que quand c’est arrivé j’étais en danger si bien que le mieux c’était d’aller se cacher ailleurs. J’ai passé deux ou trois mois à la campagne pour me camoufler et c’est quelqu’un d’autre qui a pris ma place pour rassembler les réponses aux questions qu’on nous posait. Oui, question ?

 QUESTION POSÉE PAR LES ÉLÈVES : Avez-vous été témoin d’arrestations dues à des découvertes de faux papiers ?
 

Celui dont je vous ai parlé, il est arrivé en Angleterre par l’Espagne sans problème parce qu’il y avait quelqu’un qui avait son identité et, à peu près quand il est arrivé là-bas, ce Français a réussi à le faire passer en Espagne. Plus tard, un homme, un aviateur qui devait être renvoyé en Angleterre n’a pas eu cette chance là. À ce moment-là déjà on demandait à celui qui partait de répéter une phrase qu’on décidait ensemble ; une phrase qu’on entendrait nous à la BBC quand lui pourrait indiquer aux Services secrets la phrase en question. On choisissait toujours quelque chose de simple, rien d’attaché avec les documents. Je me souviens d’un de ces officiers, c’était un Américain celui-là. On lui avait dit si vous arrivez en Espagne tachez de trouver un agent anglais et vous lui demandez de faire savoir dès que vous serez en Angleterre soit par Londres soit par les Services secrets, la phrase « Jo est en bonne santé » en français. Figurez-vous que j’ai attendu 8 mois avant d’entendre cette phrase. J’avais décidé à cette époque-là que je n’entendrais plus parler de lui et que vraisemblablement il n’avait pas réussi. C’est plus tard, presque après la guerre, quand j’ai appris par un camarade français que quand on arrivait en Espagne et surtout si on n’était pas très loin de la frontière, on était envoyé en camp de concentration. Un camp de concentration, rien de semblable à ceux organisés par les Allemands mais néanmoins c’était très difficile parce que il fallait tacher de pouvoir entrer en contact avec un officiel espagnol et il fallait dans le camp trouver le personnage qui pouvait transmettre ça officiellement et c’était tellement difficile, que le plus souvent, ça prenait jusqu’à cinq six mois. C’était pour ça que je n’ai entendu à la télé anglaise (sic), en français, à l’heure où c’était donné dans les nouvelles en français, j’ai entendu « Jo est en bonne santé ». Ce qui prouvait que l’homme dont on s’était occupé qu’avait réussi avec sa fausse carte était tiré de la prison où il avait été mis et était rentré en Angleterre. Autres questions ?

 QUESTION POSÉE PAR LES ÉLÈVES : Aviez-vous conscience des risques que vous preniez ?
 

Alors, c’est sûr que, surtout après un certain temps, on a appris des choses épouvantables qui arrivaient à ceux qui étaient pris par les Allemands et donc faire de la Résistance c’était un peu excitant mais pas très sûr. Et donc ce qu’on risquait c’était, si on était repéré, être envoyé en camp de concentration, et puis là ça pouvait être toutes sortes de choses mais rien de très agréable et donc il fallait à tout prix essayer d’y échapper. Premièrement, il fallait rien dire à sa famille. C’était plus sûr si personne dans la famille ne savait que vous faisiez partie de la Résistance. Et ça c’était mon cas et que comme je vous ai dit tout à l’heure ce n’est que après la guerre que mon père a su que j’avais aidé des Alliés, de toutes sortes de manière, y compris rassembler des renseignements sur les Allemands eux-mêmes et renseigner les Alliés des défenses qu’ils trouveraient le long des plages au moment du Débarquement qu’on attendait tous et qui n’est venu qu’au bout de 4 ans


Autres questions ?

 QUESTION POSÉE PAR LES ÉLÈVES : Durant les missions d’espionnages quels types d’informations alliez-vous chercher ?
 

Alors, la difficulté, c’était de trouver un nouveau groupe, une fois qu’on revenait de sa cachette et qu’on considérait qu’il n’y avait plus guère de danger. Mais, comme disaient les premiers résistants : il faut faire attention en cherchant autour de soi pour trouver quelqu’un qui soit au courant car comme disent les historiens aujourd’hui, n’étaient pris dans la Résistance que ceux qui ne demandaient pas. C’est à dire que toute personne qui demandait à entrer dans la Résistance, même si c’était quelqu’un qu’il soupçonnait comme en faisant partie, c’était vraiment trop dangereux et ceux qui organisaient un groupe de cette façon-là c’était pas sérieux. Donc j’ai eu la chance qu’un très bon camarde qui venait de temps en temps me voir à la maison -parce qu’il habitait Bayeux - et en venant apportait des papiers au groupe de Caen qui envoyait ça secrètement en Angleterre. Ce camarade a su que j’étais coupé de la Résistance et il m’a pris dans son groupe et donc c’est devenu plus intéressant. Enfin on risquait quand même. Il habitait Bayeux et il faisait l’allée et venue entre Bayeux et Caen car c’était de Caen qu’avec ce groupe là on envoyait les informations, des renseignements, en Angleterre. Quelque fois, quand il venait, pas suffisamment de temps ou qu’il était venu à bicyclette, il me laissait le courrier qui était à distribuer à Caen afin de joindre des personnes auquel appartenait le groupe de Bayeux. D’autrefois c’était moi qui allait à Bayeux à bicyclette pour ramener tous ces papiers-là. Un jour mon camarade qui venait chaque semaine était dans un état épouvantable. Il tremblait presque, ce n’était pas son habitude, il était très courageux mais il me dit « regarde, un révolver ». Mais où as-tu eu ça ? Il n’a pas voulu me dire, ça valait mieux. Mais, peu après, j’ai appris la cachette où les armes - qui avaient été parachutées au groupe de la plaine de Caen - étaient cachées. Je vais vous le dire maintenant mais à cette époque-là je n’avais pas à le dire : à l’abbaye d’Ardenne, dans les caves et c’était un risque terrible. M. Vico qui habitait l’abbaye d’Ardennes – vous avez peut-être entendu son nom – qui était un résistant très actif a dû, un jour, revenir de Paris où il était pour la nuit avec des camardes parce qu’il avait entendu dire que son père avait été arrêté dans la journée. Avec quatre personnes, il a réussi à cacher toutes ces armes à la Maladrerie. Après ça, évidemment, il n’est pas resté là et il a terminé la résistance clandestinement.


Autres questions ?

 QUESTION POSÉE PAR LES ÉLÈVES : Quelle mission secrète avez-vous effectué le jour du débarquement ?
 

On attendait évidemment cette date avec impatience et, au mois d’avril, mon chef qui était à cette époque avec un autre groupe parce que j’ai été obligé de changer trois fois de groupes et à cette époque je dépendais de celui qui avait une place importante dans la Résistance pour toute la Normandie et, un jour, il est venu là où j’enseignais et puis a dit : « je viens t’indiquer les messages qui vont être passés au moment du débarquement. N’écris rien apprends ça par cœur ». Ça faisait presque une dizaine de messages et il me faisait répéter pour voir si j’avais bien enregistré et que je n’oublierais pas. Il y avait deux sortes de messages dont les tous premiers qui devaient être entendus quinze jours avant le débarquement. C’était ce qu’on appelait une mise en préparation et par exemple celui, le premier message, qui est passé le 15 mai c’est à dire un peu plus de 15 jours avant le débarquement était « l’heure du combat viendra ». Donc j’ai entendu ça le 15 mai mais on avait eu déjà des fausses alertes, c’est à dire qu’il y avait eu des messages qui devaient être passés qu’on a jamais entendu et puis le 15 mai - même si on n’en savait rien - le 6 juin ça finissait pas être un mythe, on attendait ça avec tellement d’impatience alors, en attendant, avec un camarade de mon groupe on a essayé de passer les lignes. Arrivé devant là où était les Anglais entre Caen et la mer pour tâcher d’en savoir plus. C’était du côté de Giberville, c’était très calme. On a réussi à passer à côté des Allemands sans trop, se faire repérer et on a repéré une côte qui se terminait par un petit bois tout en haut. Malheureusement on a vite compris, on a reçu des obus et apparemment des Anglais nous avaient repéré ils devaient être dans le bois qu’était devant nous. On se demandait ce qu’on allait faire et à ce moment un obus éclate si près de nous que –heureusement que j’avais mon casque copie d’un casque militaire – et un éclat a sauté du casque jusqu’à côté de moi. Je me suis dit « bah, ça, celui-là j’ai échappé ». J’ai voulu le garder comme souvenir. Impossible d’y toucher, c’est brûlant, brûlant. Alors mon camarade me dit : « restons pas là ». De toute façon on est parti. Arrivé au carrefour de la route principale, la garde allemande qu’on avait vu à l’aller était partie, il n’y avait plus qu’un Allemand, un officier qu’avait pas l’air commode du tout mais heureusement les Anglais continuaient à tirer et avaient dû nous apercevoir ; se douter qu’on allait gagner la grand route et tout d’un coup un obus tombe en plein milieu du carrefour. L’Allemand a eu la même réaction que nous, on a sauté dans le fossé et là on a attendu et quand un deuxième obus a éclaté on fait signe à l’Allemand, on s’en va, et comme lui avait eu très peur aussi il nous a laissé partir. La seule chose c’est que un peu plus loin en prenant la route vers Caen les obus continuaient à nous –je ne dis pas toucher – mais à nous repérer. Mon camarade aussi, on se retournait de temps en temps et voyaient si l’Allemand qui nous avait laissé partir ne bougeait pas. Heureusement il n’a pas bougé. Mon camarade dit : « fais surtout des détours avec ton vélo parce que s’il a des remords et nous tire dessus il faut rendre ça difficile ». Finalement, après avoir pédalé, on arrivait même à compter le nombre de coups de pédales avant de se rejeter dans le fossé à l’abri de l’Anglais qui nous tiraient dessus. Je n’ai jamais eu de ma vie aussi soif que ce jour-là. L’émotion, la peur, si on peut dire à cause des Anglais - on venait pour les aider - et on pouvait même plus respirer tellement on avait la gorge sèche. Alors, à force de pédaler, on est arrivé au Nord de Caen au-dessus de la gare. Là, il y avait un énorme trou de bombe qui était à l’endroit où je savais que passaient des tuyaux qui amenaient de l’eau potable de la plaine de Caen. Et donc on s’est mis à quatre pattes, comme les Arabes dans le désert, pour, avec notre main, essayer de boire le plus possible pour assécher notre soif. On a fini par rentrer à Caen. Ça nous a calmés et heureusement, trois jours plus tard, c’était le débarquement. C’est à dire que le soir, vers 7 heures à peu près, le 5 mai (sic) 1944, j’ai entendu le premier message qu’était une phrase et qui indiquait que le débarquement était imminent. Donc je n’ai pas dormi tellement de la nuit. Ce qui était décevant c’est que jusqu’à minuit rien ne se passait. Et comme on avait été trompé plusieurs fois par des fausses annonces ou des fausses dates, on se dit : « mais alors on se moque de nous. On nous a pourtant bien donné cette date comme étant celle du Débarquement ». On était terriblement déçu. Et à 2H30 du matin par contre il commença à y avoir du bruit du côté de la mer et puis, d’un coup, j’entends la clé de la chambre à côté où ma mère apparaît et dit « Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que ça ne serait pas le Débarquement ? ». Je le savais mais je n’ai rien dit. Comme ça ne devenait pas plus fort on est retourné chacun dans notre chambre. À 3H30 du matin, voilà ma mère qui sort de sa chambre et qui dit « mais alors cette fois c’est sûr ! ». Je ne pouvais même pas lui dire oui et j’ai simplement dit : « on ne sait pas ce qui se passe mais ça pourrait bien être ça. En tout cas, faisons cuire quelque chose et mettons de l’eau potable dans des bouteilles parce que, tu te rappelles, quand il y a un gros bombardement, souvent, l’électricité est arrêtée. » Et ma mère a donc fait cuire de la viande qu’on avait achetée au prix élevé (peut être vendu également ???) et ma mère a cuit cette viande. Par ailleurs, moi de mon côté, j’ai rempli autant de bouteilles vides que j’ai pu avec l’eau qui coulait encore au robinet. On a bien fait parce que à 4h cette fois et peu à peu il n’y avait plus ni électricité, ni gaz, ni eau. On a vécu – pas moi puisque j’ai regagné immédiatement le Bon Sauveur et la Croix rouge – mais mes parents ont vécu là-dessus. Heureusement, c’est difficile à croire mais l’eau, le gaz, l’électricité, est revenu qu’en décembre. Il a fallu attendre tous ces mois parce que Caen a été tellement démoli et on ne pouvait pas ramener des tuyaux tant que les décombres n’étaient pas nettoyés. Donc, comme Caen a accumulé les décombres, rien n’a pu être réparé même par les Anglais une fois arrivés qui avaient des moyens et aidaient autant que possible les Français à réorganiser. Mais ça n’est qu’au mois de décembre qu’enfin on a eu même pas de gaz mais un peu d’électricité, un très petit peu dans la journée. Pour l’eau, les troupes anglaises ont aussitôt, dès décembre, construits des espèces de bâti de 2 m de haut sur lequel il y avait une espèce comme quand on voit aujourd’hui des grosses ( ... ??) qu’étaient solidement installé en haut de cet espèce de trépieds et qui contenait de l’eau propre ; les Anglais apportant tous les jours de l’eau pure et ils avaient mis une échelle pour que les civils puissent aller prendre provision d’eau potable.


 


Caen, très rapidement a été écrasé par les bombes et le feu a pris partout où étaient tombées des bombes. Ça, ça a été épouvantable parce que les gens qui auraient pu être sauvés mais qu’étaient sous les décombres n’ont pas pu être repêchés et certains sont morts coincés sous les décombres. Ils sont morts.


Autre question ?

 QUESTION POSÉE PAR LES ÉLÈVES : Lorsque le sujet de la guerre est évoqué, quelle est la chose qui vous vient en premier à l’esprit, un son, une image, un objet, un événement... ?
 

Oui, avant d’aborder la réponse pour vous, je voudrais signaler que les premiers bombardements ont apparu comme quelque chose d’effroyables parce qu’ils ont eu lieu la nuit. Des avions, par centaines, arrivaient, lâchaient des fusées lumineuses et aussitôt après - comme on voyait comme en plein jour - c’étaient des bombes qui tombaient et c’étaient mille avions, des avions au double fuselage qui arrivaient. Donc ça a duré 45 minutes et on croyait que c’était fini après ça. Un quart d’heure après ça recommençait. Donc, dès que les bombes ont un peu arrêté, on s’est jeté dans la ville mais qui commençait à brûler un peu partout et on essayait d’en sortir le plus grand nombre possible et non pas sur des brancards mais le plus souvent avec des volets, n’importe quoi. Donc, c’était quelque chose. Je n’avais jamais vu autant de blessures. Des blessures effroyables que ces gens ont eues et surtout ceux de la clinique qu’était près du port qui avaient les blessés opérés de la veille. Ces blessés là se sont trouvés écrasés par deux étages au-dessus d’eux. Ils étaient tellement resserrés en-dessous et on a eu beau casser le béton en façade il n’y a rien eu à faire pour les sortir avant de mourir. Ce qui ajoutait à l’horreur c’est qu’il y avait un téléphone pas loin : il sonnait de temps en temps ; on détachait le téléphone, il n’y avait personne au bout. Il pleuvait, donc on a pensé que c’était un téléphone qui se mettait en route tout seul probablement à cause de la pluie qui donnait un faux numéro. Votre question c’était ?

 QUESTION POSÉE PAR LES ÉLÈVES : Lorsque le sujet de la guerre est évoqué, quelle est la chose qui vous vient en premier à l’esprit, un son, une image, un objet, un événement... ?
 

Oui, oui. Alors, une fois que Caen a été brûlée presque complètement et que les ruines étaient partout on a fait deux choses : essayer d’arrêter l’incendie : ce qui était presqu’impossible. Deuxièmement faire tomber ce qui n’était pas encore brûlé pour essayer d’arrêter l’extension de l’incendie. Ensuite, on a - une fois que l’incendie s’est trouvé arrêté - comme il n’y avait plus rien à manger et comme c’était très difficile d’aller dans la campagne pour récolter quelque chose de potable, on a travaillé pendant presque trois semaines à fouiller les ruines, descendant dans la deuxième cave pour trouver des choses qui pouvaient être mangées. C’était un travail très dur. On n’était pas habitué à défoncer le sol comme ça et ça a permis de survivre. Les autres ont dû quitter Caen peu à peu, si bien que laissant derrière nous (sic) aux soins de la Croix rouge et des médecins y avait encore 25000 blessés qui ne pouvaient pas être transportés encore et donc leur trouver de la nourriture absolument partout où on pouvait pour aider ces gens-là. Et, comme je vous disais, cela s’est terminé qu’en septembre. Il y a une photo qui parle toute seule. [Photo d’une famille dans une maison aux murs détruits]. Ceux qui avaient quitté Caen sous des bombardements, quand ils revenaient, ils ne trouvaient plus de maisons. S’ils trouvaient un reste de maison c’était souvent comme ça. Il y en a qui sont restés tout l’hiver dans leur maison pour pas qu’elle soit prise par d’autres sans doute et qui ne pouvaient pas réparer parce qu’il n’y avait pas moyen d’avoir d’argent. Des maisons qu’étaient pas trop démolies, elles auraient pu être encore confortables s’il y avait eu encore des carreaux mais il n’y avait plus de carreaux. La première chose qui arrivait c’était le souffle qui faisait éclater les carreaux. Mes parents, par exemple, ont vécu les deux premiers hivers avec du papier transparent que peu à peu ils ont trouvé pour calfeutrer un peu la maison. Ça n’a été réparé que trois ans après. Moi, j’ai eu une chance extraordinaire comme je suis allé au-devant des Anglais avant qu’ils arrivent à rentrer dans Caen. J’ai fait près de trois kilomètres avec des Allemands qui quittaient parce qu’ils considéraient que la bataille était terminée. Au bout de trois kilomètres j’ai vu une patrouille qui m’a mis en joue comme ça. [M. Heintz mime] Ils étaient près à me tirer dessus. J’ai fait ça bien entendu. [M. Heintz lève les bras en l’air]. J’ai crié parce que je savais couramment l’anglais déjà. Ils m’ont fait signe de venir et voyant que je parlais anglais ils disent : «  On amène des officiers peut-être vous pouvez être son interprète et on va d’abord vous amener jusqu’au centre de Caen et on choisira un hôtel  ». J’ai dit : « Quel hôtel ? ». « Et bien l’hôtel d’Angleterre qu’est le plus confortable ». J’ai dit : « Je veux bien mais vous auriez bien fait de pas le démolir avant ». Ils insistaient mais je ne tenais pas du tout à aller dans ce no man ’ s land. Ils ont dit : « Écoutez, vous nous emmenez jusqu’au château et puis on ira chercher les officiers que vous irez présenter aux autorités de la ville.  » J’ai dit : « Les autorités c’est vite vu, il n’y a plus que un adjoint au maire qui est là. » Deuxième question qu’ils me posent : «  Où est-ce qu’on peut prendre des douches ?  ». Je dis : « Ah, c’est une question bizarre parce que ici vous ne trouverez pas une seule personne qui ait pu se laver depuis deux mois ». Alors ça, ils étaient plutôt soufflés. Ils ont dit : « Ce n’est pas grave on ira à Bayeux toutes les semaines pour prendre des douches parce que Bayeux est intact. » Et puis, des officiers sont venus. Ils étaient deux au lieu d’être trois comme on m’avait dit. On m’avait dit : « Vous reconnaitrez le colonel -qu’était avec les deux autres officiers- qui est en kilt. Parce que c’est un Écossais  ». Arrivé aux fossés du château, pas de kilt. Enfin, il y avait deux costauds, deux officiers, peut-être des affaires civiles. « Le colonel qu’est un Ecossais porte le kilt et il sait bien le français et il est parti par-là ». Je dis : « Où ? Il n’y a pas de rue par-là, c’est les fossés du château. Il faut qu’on le sorte de là en vitesse parce qu’il y a encore des Allemands dans le château ». On a réussi à le sortir. Lui à nouveau m’a demandé s’il y avait de l’eau chaude pour se baigner. Ila dit comme l’autre « On retournera à Bayeux » et puis finalement je suis allé avec eux trouver le seul officier civil de Caen qui remplaçait le maire. Là, on a fait la tournée des endroits qui avaient été occupés par les Allemands qu’étaient vide et ils ont choisi une maison tout près de l’église Saint Nicolas pour ceux qui connaissent. L’officier, on est monté jusqu’en haut, il y avait quatre étages, arrivé là je savais bien l’anglais mais il y avait un mot un peu savant que je ne connaissais pas qui était « conspicuous » c’est un mot d’origine latine, un mot savant un peu, ça veut dire tout simplement visible. Effectivement de là-haut au troisième et quatrième étages on apercevait Louvigny de l’autre côté de la Prairie. Alors il dit : « Demain, 9 heures, on ouvre les bureaux ici et on recevra tous les Français qui ont besoin d’aides ». Au début, il n’y avait pas de visiteurs parce qu’ils n’osaient pas réclamer aux Anglais qu’étaient venus après tout nous sauver mais peu à peu....


On va regarder la photo. [Photo de M. Heintz avec un brassard en compagnie d’un officier anglais].


Les Anglais ne m’ont pas donné d’uniforme parce que après ça, avec eux, on allait au front pour savoir combien il y avait de civils à évacuer, à emmener dans des camps que les Anglais avaient préparés où ils faisaient de la cuisine où ces gens ça allait comme chez eux. (sic) Moi je gardais ce.... ce n’est pas un uniforme parce que ce qui est blanc, à l’arrière, c’était le mur qu’était couvert de cartes représentants les environs de Caen et cette photo-là a été prise. J’ai le brassard bleu blanc rouge pour indiquer que j’étais Français. Dès qu’on arrivait dans un endroit qui venait d’être libéré, les Anglais m’envoyaient devant pour essayer de trouver des survivants. En général on n’en voyait pas. Les gens étaient sauvés parce qu’ils étaient restés cachés sous la terre dans des grottes. Je me souviens d’un petit village où j’ai vu simplement un homme après avoir crié très fort partout qui s’est enfin montré. J’ai dit : « vous êtes tout seul ? ». « Ah oui, on est trente. » « Mais où ? » « Dans le château  ». Effectivement, le château était dans un creux. Il y avait des arbres tout autour en haut et donc des obus éclatés contre les arbres et les gens qu’étaient dans le château n’étaient pas blessés. Il y avait trente survivants, il y avait 300, pardon, survivants et trente blessés qu’il a fallu emmener tout de suite dans un hôpital. Donc j’avais gardé... Un jour un Canadien est venu pour prendre des photos du front et m’a photographié là. J’ai eu la surprise quand j’ai vu ça dans un tract qu’était envoyé du ciel. C’était blanc à l’arrière et sur la table. Savez-vous pourquoi ? Eh bien, les tracts qu’étaient lâchés là où les Anglais venaient d’arriver devaient être camouflées, ne pas indiquer où cela avait été photographié pour que ça puisse être publié et par des tracts qui étaient lâchés en France dans des endroits qui n’étaient pas encore libérés. Voilà ce que représente cette photo, j’étais donc camouflé et secrètement attaché aux troupes anglaises.

 Applaudissements
 

Je vous remercie d’avoir été aussi patients. Bon courage pour les cours que vous aurez encore aujourd’hui. Vous avez bien de la chance de ne pas avoir vécu cette période que j’ai essayé de vous expliquer un peu.

  
En off :

Je suis né en mai 1920 et j’ai bientôt 94 ans. J’ai passé mon baccalauréat au lycée Malherbe en 1938, bien avant la guerre.

J’ai passé des examens de licence la veille du débarquement.

J’étais professeur d’anglais. J’ai enseigné après la guerre comme professeur de Français en Ecosse pendant deux ans. Je devais remercier les clubs, les groupes, les maires, etc. qui avaient récolté toutes sortes de choses qui se mangeaient mais aussi des cahiers. Je remerciais en Ecosse, à Édimbourg, tous les gens qui avaient envoyé des choses comme ça à Caen et j’expliquais pourquoi ça avait été aussi utile. Après deux ans en Ecosse, je suis revenu à Caen et plus tard j’ai continué à m’occuper d’étudiants étrangers à l’université de Caen.

J’ai arrêté de travailler quand j’avais un peu plus de 70 ans mais j’ai continué à donner des conférences en anglais.

 

 

 

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